Luxury Talk: Martine Leherpeur - Fondatrice de LeherpeurParis

Updated: Mar 31, 2020


Rencontre avec Martine Leherpeur, figure emblématique de la mode à l'origine de LeherpeurParis, bureau de conseil à destination marques des secteurs mode, luxe, média et art de vivre, anciennement MLC Conseil.



Bonjour Martine, pouvez-vous tout d'abord nous expliquer ce qu’est un bureau de style et de conseil comme le vôtre ?


D’abord, ce n’est plus mon bureau puisque je l’ai transmis il y a cinq ans. Aujourd’hui je suis retraitée mais je continue à travailler avec eux car il s’agit réellement de transmission, ce dont je suis très fière car transmettre n’est pas chose facile. Mais nous avons réussi à le faire et le bureau marche très bien. Par ailleurs, posons déjà une chose, les bureaux de style de la grande époque, de Li Edelkoort par exemple, c’est terminé. C’est évident que l’on passe à une autre époque et je pense qu’en cela j’ai été précurseur car je me suis dirigée beaucoup plus vers le conseil que vers les tendances. Aujourd’hui les tendances tout le monde y a accès avec WGSN, les tendances on en a trop, des informations aussi. Moi j’ai construit mon bureau sur du travail à la carte pour les clients et je n’ai jamais vendu de tendances à proprement parler car je trouve ça absurde. Les cahiers de tendances tout le monde a les mêmes et tout le monde fait la même chose, c’est catastrophique ! Le luxe est devenu du luxe de masse et c’est devenu n’importe quoi.



Mais aujourd’hui on est au bout de ce n’importe quoi et ça c’est bien car de toute façon on ne peut plus fonctionner comme ça pour des tas de raison. On est dans le devoir de réinventer le monde. Pour moi, le rôle d’un bureau aujourd’hui c’est beaucoup plus de sensibiliser les clients à cela et de voir avec eux comment, quand on est une entreprise, qu’on a des employés, qu’on a des collections à faire, on peut changer le cours des choses sans mettre tout le monde à la porte. C’est ça qui est compliqué. Si on fait une start-up on peut partir sur des bases un peu moins mauvaises, mais quand on est pas une start-up et que l’on a mille employés, il y a une véritable responsabilité d’entreprise. Donc je trouve que nous sommes passés d’un rôle de tendanceurs à un rôle de conseil sur l’air du temps, un rôle plus social d’observateurs de la société. Nous c’est ce qu’on essaye de faire depuis le départ.


Donc à présent votre rôle est d’aider les marques de luxe à se réinventer ?


Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on les aide à se réinventer. Mais effectivement elles viennent nous voir pour nous poser des questions : qu’est-ce qu’on fait pour les millenials ? qu’est-ce qu’on fait pour ces nouveaux consommateurs qui ne veulent plus consommer comme leurs parents ? quelle direction prendre exactement ?


Sur votre site internet on trouve une rubrique intitulée « notre engagement » et on peut télécharger le manuel « made in bon sens ». Pouvez-vous nous expliquer en quoi l’engagement des marques de luxe est aujourd’hui fondamental, notamment aux yeux du consommateur ?


Oui vous avez raison c’est une clé absolue. Récemment j’ai lu un article sur Les Echos sur la fin du capitalisme tel qu’il est aujourd’hui et il y avait 4 orientations possibles : l’explosion de la société à laquelle je ne crois pas, la prise de pouvoir par l’État à laquelle je ne crois pas non plus car de toute façon, on l’a bien vu, ça ne fonctionne pas, la prise de pouvoir par les entreprises actionnaires qui est selon moi vouée à l’échec car remise en question par les consommateurs également, et la plus intéressante qui est l’entreprise mission. La quatrième alternative signifie que l’entreprise reprend le pouvoir mais avec une mission beaucoup plus large où tout le côté social de l’entreprise en interne et en externe est pris en compte. Ce sont les entreprises responsables et équitables. J’aime beaucoup cette notion car je pense que c’est vraiment ça qu’il faut que l’on travaille, c’est une direction vraiment intéressante.


Et quels sont justement les outils à disposition des marques de luxe pour réconcilier luxe et engagement ?


Les outils ce sont les études qualitatives, la création de vrais services RSE en interne. On est plus dans du greenwashing où l’on fait semblant, l’action doit être concrète. Ce qui nécessite que les gens qui sont en charge de cela aient véritablement du pouvoir, ce qui n’était pas le cas avant. Mais le vrai engagement ça coûte cher et impose des sacrifices bien sûr. Heureusement, maintenant, on ne peut plus tricher. Et puis il faut garder en tête qu’aujourd’hui les consommateurs se tiennent vraiment au courant et ne laissent rien passer. Même Kering et LVMH sont entrés en compétition pour sortir du greenwashing, donc il y a de l’espoir !


Outre cette nécessité d’engagement, selon vous quel est le prochain changement auquel on doit s’attendre dans le secteur du luxe ?


Il faut savoir que le luxe a toujours existé mais qu’il peut effectivement prendre des formes différentes. Et je pense que la prochaine forme qu’il prendra sera immatérielle.


C’est vrai qu’aujourd’hui quand on parle du luxe, on parle de plus en plus en terme d’expérience.