« Luxes » au MAD: une rétrospective éclairée pour redéfinir les frontières du luxe

Le monde de la culture sort peu à peu de la torpeur dans laquelle la pandémie l’avait plongé depuis plusieurs mois et les expositions se multiplient dans l’enceinte des musées français. À cette occasion, le luxe, univers de la rêverie par excellence, est mis à l’honneur.


Après avoir présenté en 2019 « Dix mille ans de luxe », conçue en partenariat avec le Louvre Abu Dhabi, le Musée des Arts Décoratifs de Paris ouvrait en 2020 « Luxes », rapidement interrompue par la crise sanitaire et la fermeture du musée. La réouverture de ce dernier le 19 mai dernier marque la reprise et la prolongation jusqu’au 18 juillet 2021 de cette exposition consacrée au luxe. Il ne s’agit d’ailleurs pas du luxe mais bien des luxes, que le Mad s’essaye à définir à travers un voyage géographique et temporel qui vient poser un questionnement anthropologique et culturel sur cet univers que la France pense si bien connaître et maîtriser. Le musée entend ainsi illustrer l'évolution du luxe à travers les âges et les régions du monde, sans se restreindre à l’idée d’un luxe à la française. En explorant toutes les potentialités du mot, de sa signification et de ses manifestations, l’institution part à la recherche d’un luxe redéfini et inclusif, en soumettant au regard de ses visiteurs des objets et œuvres d’art d’une diversité extrême. Aux côtés de la fameuse Perle d’Abu Dhabi trônent ainsi des robes majestueuses griffées Dior ou Chanel, mais aussi un coffret de nacre du XVIe siècle, des bijoux somptueux ou encore des instruments scientifiques et manuscrits rares datant de l'Antiquité. Au total, ce sont plus d’une centaine de pièces qui se dévoilent dans la scénographie exceptionnelle réalisée par Nathalie Crinière et son agence, avec la participation de la Confédération européenne du Lin et du Chanvre.




Plus qu’une simple collection d’œuvres singulières, « Luxes » s’inscrit dans une démarche sociologique et métaphorique. Elle amène à reconsidérer notre vision du luxe et invite à une véritable introspection, qui débute dès l’entrée de l’exposition, où les visiteurs sont accueillis par un sablier, symbole d’un luxe dont notre société consumériste a oublié le sens et la valeur : le temps. L’exposition s’arrête aussi sur les origines étymologiques de ce mot qui nous semble si familier. Contrairement à l’idée répandue selon laquelle le mot est issu de « lux », la lumière, le mot provient en réalité de « luxus », qui renvoie à ce qui est séparé, déplacé. Un constat qui fait écho aux lieux emblématiques habituellement fermés à la visite que le Mad a décidé d’ouvrir aux visiteurs de l’exposition en exclusivité. Parmi ceux-ci, le Salon 1900, ensemble de boiseries et de mobilier édifié sur l’esplanade des Invalides à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, et le Salon des Boiseries, qui rassemble notamment des panneaux décoratifs provenant d’un hôtel particulier de la Place Vendôme, du Palais Royal, de la chapelle royale de Saint-Germain-en-Laye, ainsi que des châteaux de Marly et de Crécy.L’exposition revêt ainsi la forme d’une rétrospective historique à travers laquelle les Arts Déco portent un message éclairé sur la redéfinition du luxe et la place de l’artisanat, inhérent à celui-ci, au sein de nos sociétés contemporaines.



Sources : FranceInfo, MadParis, Vogue


Réalisé par Camille Ramus.